Du halal au global : vers l’uniformisation des pratiques de consommation ?

Et si le halal n’était qu’un effet de mode signant « la redoutable dissolution d’une communauté dans le bain acide de la banale modernité » ? C’est le contre-pied que défend Bruno Judde de Larivière dans un de ses billets.

Écartant les arguments polémiques, il avance celui de la Géographie : l’essor du marché halal contribue à délocaliser l’offre et, finalement, à la conformer et l’engloutir dans un marché global –celui des grandes chaînes de distribution et des fast-foods.

« L’existence d’un marché du halal témoigne donc à mon sens d’une sortie des quartiers à regroupements confessionnels (…). Dans le rayon halal, non loin du rayon légumes et fruits bios ou du rayon produits verts leurs aliments labélisés paraissent certes aussi anodins que tous les autres… »

En un sens, c’est ce que corroborait (en 2009) Jean-Christophe Despres dans les Echos en analysant les frontières floues du halal : « Quand Casino lance sa gamme halal, elle la nomme Wassila. (…) comme si tous les musulmans étaient arabes, comme s’ils n’étaient pas par ailleurs français ! Toutes nos études montrent que les consommateurs musulmans veulent avant tout plus de diversité alimentaire et donc pas forcément des plats de chez « eux ». Leur souhait, être traités comme les autres consommateurs, être courtisés et respectés dans leurs identités plurielles. »

Selon l’IFOP-SOLIS, le marché halal est en augmentation de 10% par an, représentant 4,5 milliards de recettes potentielles en France.

Les produits halal achetés par les familles en 2009

Source : SOLIS La mode fait glisser l’appartenance identitaire vers ce bain acide de la modernité globalisante, en témoigne parfois des produits à la fois halal, bio et écolo !

De la religion à la santé : l’éco-halal ?

Selon une étude de 2005, la religion n’est pas le seul critère pour la consommation halal : il est perçu souvent comme plus sain pour la santé. Les contrôles pratiqués permettent de détecter si l’animal a souffert d’une maladie (notamment pulmonaire). D’autre part, le rituel halal permet de nettoyer la viande de son sang et, ainsi, de limiter la présence de microbes  (notamment les salmonelles) ou de germes pathogènes1.

Si cela limite les risques, cela ne les évacue pas. Néanmoins, cette dynamique s’inscrit dans cette quête actuelle de « consommer mieux« . Consommer plus sain, plus écolo : passer de valeurs religieuses ou identitaires à des valeurs plus générales de respect de l’environnement. L’alternative éco-halal : serait-ce ce qui se dessine ?

Tomate

En guise de conclusion, pour ceux qui jugent le rituel halal cruel, j’encourage les consommateurs à être étymologiquement encore plus cruels : comme le remarque, à juste titre, Joseph Mayton du Guardian, la consommation de viande (halal) est en constante augmentation2 et le Coran n’encourage pas une consommation quotidienne de viande. Au contraire, selon certains exégètes, le Prophète prône le respect des êtres et de l’environnement : tuer un animal n’est pas une obligation (notamment pour l’Aïd el-Kebir). Manger moins de viande est donc plus islamique… mais de là à manger plus de crudités3

  1. Plusieurs études ont été réalisées sur l’abattage casher :