Le jeûne du Ramadan (« Saoum » en arabe) est l’un des 5 piliers de l’Islam et constitue un moment important dans la vie du croyant. Même si le Coran spécifie de ne pas jeûner pour les personnes malades, selon l’étude EPIDIAR1 de 2004, 43% de diabétiques de type 1 (diabète insulino-dépendant) et 79% de type 2 observent le jeûne du Ramadan au moins 15 jours.

Les risques de dérèglements glycémiques

Le diabète implique un dosage minutieux des apports en glucides. La modification des habitudes alimentaires, la diminution des phases de sommeil, le jeûne diurne, les risques de déshydratation peuvent entraîner une hypoglycémie durant la journée et/ou une hyperglycémie durant la nuit. Seuls les diabétiques de type 2 (DT2) stabilisés peuvent observer le jeûne ; pour les DT1 ou les DT2 instables ou déséquilibrés, la perturbation des habitudes durant le jeûne est un facteur de comorbidités (coronaropathie, HTA mal contrôlée, insuffisance rénale, AVC, complication oculaire ou neurologique, etc.).

Les risques, particulièrement pour le malade T1, sont une hypoglycémie sévère responsable de 4% de décès. Selon l’étude EPIDIAR, le jeûne observé augmente les risques  d’hypoglycémie sévère de 4,7 fois (de 3 à 14 événements par 100 personnes par mois) pour le diabète de type 1 et 7,5 fois (de 0,4 à 3 événements par 100 personnes par mois) pour le diabète de type 2. L’alternance d’un jeûne diurne et d’une suralimentation nocturne (déshydratation, apports glucidiques excessifs durant l’iftar, le repas de rupture du jeûne) occasionne une hyperglycémie ou une décompensation cétoacidosique.

L’iftar, le repas de rupture du jeûne2

Autosurveillance et discipline

L’observance du jeûne implique donc une auto-surveillance accrue et une grande discipline nutritionnelle afin de ne pas bouleverser complètement la glycémie :

  • Consultation médicale avant le Ramadan,
  • Bonne hydratation,
  • Fruits et légumes à chaque repas,
  • Viande blanche,
  • Pas de confiserie ou de sucrerie,
  • Rupture du jeûne si la glycémie est inférieure à 0 ,7g/l ou supérieure à 3g/l afin de prévenir tous risques d’hypo/hyperglycémie).

La déshydratation, particulièrement sévère si les températures sont élevées durant le mois de Ramadan, peut entraîner une hypotension orthostatique ; les ouvriers du BTP ou les personnes travaillant sous le soleil en extérieur sont les plus exposés. Une fatwa du 8 août 2010 émise aux Émirats arabes unis permet cependant aux ouvriers de briser le jeûne pour éviter de mettre leur vie en danger.

Une information claire pour le patient et son entourage

Le principal risque lié au diabète n’est pas tant le jeûne en tant que tel mais bien plutôt l’impréparation, la mauvaise éducation ou le manque d’information sur cette maladie et ses risques durant le Ramadan. Par exemple, de nombreuses études montrent à quel point la barrière de la langue est importante dans la prévention des risques liés au diabète pendant le jeûne. L’information doit être appropriée, simple et compréhensible (supports écrits, clip audio et vidéo dans la langue maternelle). C’est valable dans les pays musulmans mais cela reste très difficile dans les pays non-arabophones où résident des musulmans.

Différentes plaquettes de communication sur le diabète pendant le Ramadan (Emirats arabes unis, Jordanie, Maroc et Qatar)

Différentes plaquettes de communication sur le diabète pendant le Ramadan (Emirats arabes unis, Jordanie, Maroc et Qatar)

La majorité des supports de communication sur le sujet reste dans la langue du pays (comme en Espagne ou en France);  l’information des croyants musulmans dans des pays non-arabophones est un défi dans la prévention du diabète.

Le deuxième problème reste celui de la légitimité du conseil donné sur les dangers du diabète. Comme en témoigne cet article, en Algérie, il est souvent difficile pour un médecin de dissuader son patient d’observer le jeûne.

« Les médecins sont les seuls à pouvoir se prononcer sur l’état de santé d’un malade », a déclaré le ministre des Affaires religieuses Bouabdellah Ghlamallah, « mais les imams doivent pouvoir les rassurer en leur expliquant que lorsque l’avis médical est défavorable pour le jeûne, la religion le tolère. »

Souvent,  partagés entre l’obéissance à l’Islam et leur volonté de suivre les recommandations médicales, lorsque les imams n’appuient pas les décisions prises par les médecins, les diabétiques observent le jeûne à l’ insu de leur médecin. Il est difficile de faire comprendre aux autres sa maladie : comment une mère de famille peut-elle briser le jeûne devant ses enfants et sa famille ?

Si le diabète reste la maladie  chronique la plus étudiée pendant le Ramadan, ces campagnes de sensibilisation dans les mosquées contribuent, en diffusant une information plus large sur les risques de complications, à l’éducation du diabétique et de son entourage. Le gain de crédibilité de la parole médicale, le dialogue entre les professionnels de santé et les diabétiques, la transmission d’une information claire partagée tant par le corps médical que par la religion permettent de mieux comprendre (et faire comprendre) les risques liés au diabète durant le jeûne.

Liens :

Recommendations for Management of Diabetes During Ramadan, Août 2010

Fasting of persons with Diabetes Mellitus during Ramadan, 2002

Study the Effects of Ramadan Fasting on the Serum Glucose and Lipid Profile among Healthy Jordanian Students, 2007

  1. A Population-Based Study of Diabetes and Its Characteristics During the Fasting Month of Ramadan in 13 Countries, Results of the Epidemiology of Diabetes and Ramadan 1422/2001 (EPIDIAR) study []
  2. voir à ce propos la note de BeirutSpring.com… []