Selon l’OMS, 15% des médicaments vendus dans le monde sont des contrefaçons. Au Moyen-Orient, 35%. Un marché juteux estimé à 75 milliards de dollars par an et causant la mort de près de 700 000 personnes1.

How big is the counterfeit drug industry?
How big is the counterfeit drug industry? (source : SiteJabber.com)

Les pays du Golfe s’attaquent aux marchés illégaux

Dans notre précédent article, nous avions évoqué la levée de bouclier contre Zein Al-Atat ou Amanacare au Liban, après les fortes incitations des pays du Golfe à boycotter ces industriels de la médecine des plantes hors la loi.

Depuis 6 mois, l’Autorité de Santé d’Abu Dhabi s’attaque aux faux médicaments, le plus souvent des stimulants sexuels et des pilules amincissantes. Elle a mené près de 1 127 visites tant auprès de pharmacies et de supermarchés que d’herboristeries où des centaines de médicaments périmés ou contrefaits ont été saisis.

La plupart du temps, ce sont des médicaments contre l’obésité ou pour stimuler le désir sexuel. Les obèses souffrent réellement de leur situation; ils recherchent aussi une solution pour stimuler leur libido. Et c’est un marché juteux : il suffit de leur dire ce qu’ils veulent entendre pour qu’ils achètent n’importe quoi.

GulfNews rapporte que certains médicaments qui ont déjà été écartés du marché auparavant réapparaissent sous d’autres formes avec un autre emballage ou un autre nom. C’est le cas du PhytoShape, une pilule amincissante, interdite et retirée en 2007 en raison de ses effets indésirables dangereux, retrouvée dans les rayons sous le nom de PhytoDiasol. Le médicament le plus contrefait dans le monde est le Viagra des laboratoires Pfizer, suivi par le Lipitor, un inhibiteur de statines, pour les personnes ayant un taux de cholestérol élevé.

Un marché international fleurissant sans réglementation

Au Royaume-Uni, les douanes ont annoncé avoir saisi 8,5 millions de cachets de Viagra contrefaits destinés au marché noir pour un montant estimé de 13 millions de livres durant l’année 2010.

Vendre des médicaments contrefaits est parfois plus lucratif que la drogue.

André Picard, dans The Globe and Mail, rappelle que la contrefaçon de monnaie était, dès 1929, considérée comme un délit international : lorsque vous émettez de faux dollars, vous pouvez être poursuivi dans n’importe quel tribunal, pas seulement celui où la fraude a été commise. Ce n’est pas le cas pour la contrefaçon de médicaments : aucune sanction supranationale n’existe. Au contraire, le problème devrait être appréhendé avec la même vigueur que le terrorisme. D’autant plus que, selon Interpol, Al Qaida tire un revenu important de trafic de faux médicaments.

En Europe, où les médicaments contrefaits représentent 1% des ventes, le Parlement Européen vient d’approuver une mesure pour lutter contre ce marché illégal en proposant un ensemble de règles permettant plus d’informations destinées aux patients, notamment sur Internet où, selon l’OMS, 50% des médicaments vendus sont des contrefaçons.

Au Moyen-Orient et pays du Golfe, le marché a pu rapidement se développer car les législations étaient absentes et les Etats peu préparés au déferlement de ces produits. L’obésité et le problème des surcharges pondérales, véritable épidémie régionale, touchent une population qui est une cible facile pour ces contrefaçons. Les efforts déployés suffiront-ils pour enrayer ce marché parallèle ?

 

Merci à Pierre-Yves du BioGeekBlog pour l’info…
  1. selon le Center for Medicine in the Public Interest. []