Jean-Michel Borys, médecin endocrinologue

Médecin endocrinologue et nutritionniste, Jean-Michel Borys est co-directeur du programme de prévention de l’obésité infantile EPODE (Ensemble Prevenons l’Obésite Des Enfants) depuis 2004 ainsi que du réseau européen EPODE European Network depuis 2007.

Bibliographie indicative

  • Les Kilos des ados, Éditions du Nil, 1998.
  • Le Diabète sans gène, Éditions Jacob Duvernet, 2002.
  • Le Cholesterol en questions, Éditions Jacob Duvernet, 2003.
  • Je préviens l’obésité de mon enfant, Éditions Balland, 2004.
  • Bien manger aujourd’hui, Éditions Jacob Duvernet, 2005.
  • L’Obésité de l’enfant, Masson, Abrégés, 2005.
  • Surveiller son tour de taille pour protéger son cœur, Éditions Jacob Duvernet, 2006.
  • L’obésité, Le cavalier bleu, 2007

Les récentes données épidémiologiques montrent que les Etats-Unis ne sont plus les « champions » de l’obésité : une grande partie des pays du Golfe persique et du Maghreb sont parmi les pays comptant le plus de populations obèses. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Effectivement, les Etats-Unis ne sont plus les premiers. En revanche, en Europe, la prévalence a rapidement triplé depuis les années 1980 touchant de plus en plus d’enfants et représentant 2 à 8% des dépenses de santé. Pour l’OMS, « les sociétés et les pouvoirs publics doivent agir pour endiguer cette épidémie. Les politiques nationales doivent encourager et faciliter une plus grande activité physique et améliorer la disponibilité et l’accessibilité d’aliments sains. Elles doivent également favoriser la participation de différents secteurs des pouvoirs publics, de la société civile, du secteur privé et d’autres parties intéressées.« 

Mais l’obésité semble toucher plus rapidement et plus largement les pays émergents comme les pays du Golfe et du Maghreb dont vous parlez.

Pourquoi ? Parce que les pays émergents sont à haut risque. Et ceci s’explique par la théorie des gènes de l’épargne: nous sommes selectionnés pour stocker de l’énergie et ce d’autant plus que nous sommes « déprivés », ce qui explique la tendance à l’obésité très importante aujourd’hui en Inde ou Chine ou certains pays africains.

Ensuite, il y a des perspectives culturelles, par exemple en Mauritanie, on « gave » les jeunes femmes pour qu’elles soient grosses, signe de fécondité. Le monde arabe préfère les femmes rondes car elles ont toujours symbolisé la fertilité.

L’obésité est le mal du siècle. Les campagnes de prévention se multiplient. Cependant, préjugés et idées reçues persistent sur ce sujet devenu un véritable problème de santé publique.

Vous parlez d’un « gène de l’épargne ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est le généticien James Neel qui a proposé en 1962 l’hypothèse d’un gène de l’épargne (« thrifty gene hypothesis« ) à propos du diabète et de nombreuses études sur l’obésité ont confirmé ses observations : ils ont isolé dans les populations les plus aptes à résister aux famines un gène d’épargne. C’est-à-dire qu’à l’époque des chasseurs-cueilleurs, où les populations étaient encore exposées à des conditions difficiles pour s’alimenter, la sélection a conservé les individus pourvus d’un gène d’épargne (ou économe) qui leur permettait de mieux stocker les nutriments en cas de famine.

Ce qui expliquerait l’essor de l’obésité avec la sédentarisation des individus ?

Bien sûr. La sédentarité, les mauvaises habitudes alimentaires et le manque d’activités physiques sont des facteurs d’obésité. Les populations du MENA, particulièrement dans les pays du Golfe, ont radicalement changé leur mode de vie et leurs habitudes alimentaires. Il y a un terrain génétiques et les populations du MENA sont particulièrement exposées au diabète qui suit l’obésité.

Face à cette épidémie émergente et préoccupante, un marché dérégulé prospère dans les pays arabes : celui des pilules amaigrissantes. Quels sont les risques sur la santé ?
Les jeunes filles mauritaniennes sont souvent gavées afin d'être plus grosses, signe de fertilité

Effectivement, on voit fleurir sur le marché des pilules miracles. Comme si un cachet pouvait soigner l’obésité. Soit il s’agit d’arnaque et il n’y a pas de risque. Soit ce sont des coktails diurétiques hormones, très dangereux avec risques de décès cardiaques. Dans tous les cas, aujourd’hui, il n’existe pas de pilule amaigrissante sûre.

Lorsque l’on se promène dans les rues ou les malls d’Amman ou de Dubaï, par exemple, on est frappé par le nombre d’enfants en surpoids.  L’obésité touche de plus en plus d’enfants. Comment expliquer ce phénomène ? Comment y remédier ?

En plus des éléments dont on vient de discuter, on assiste à une globalisation du marché alimentaire avec un ciblage marketing très audacieux pour toucher les enfants. Et les enfants des pays émergents comme au Proche et Moyen-Orient ne sont pas épargnés…

La prévention de la maladie passe par une prise de conscience des gens. L’Etat, les media ont un rôle prépondérant à jouer. C’est tout l’objet de nos travaux à EPODE.

Pour en savoir en plus…

Le site d’EPODE

Le site d’EPODE-Europe