Dans le rapport « The World’s Women 2010: Trends and Statistics » paru en octobre 2010, un chiffre fait sursauter les médias libanais : le taux de fertilité annuel pour 2010-2015. Alors qu’il était de 5,7 naissances par femme en 1950-1955, il a chuté à 3,9 en 1980-1985, pour atteindre, en 2005-2015, 1,9 : l’équivalent du taux français.

La démographie du Liban au plus mal…

Sources : United Nations Statistics Division, Juin 2010.

Evolution depuis 1960 du taux de fécondité des pays du Proche-Orient (Banque Mondiale, traitement Google).

Quelques bonus Google pour le Maghreb et les pays du Golfe1

Le Liban a franchi le seuil du « non-renouvellement » de sa population, qui lui ferait craindre, selon The Daily Star, la démographie de ses voisins dont les taux sont encore proches de 2,5 à 3 enfants par femmes. Et la peur n’est pas infondée puisque la croissance démographique libanaise est la plus faible des pays du Maghreb-Machrek.

Sources : United Nations Statistics Division, Juin 2010.

Un phénomène ancien

Déjà, Youssef Courbage et Philippe Fargues2 avaient estimé en 1973 une réelle baisse de la fécondité au Liban : selon leurs estimations, le taux brut de natalité avait baissé de 40 pour 1000 en 1960 à 34 pour 1000 dans les années 70. Plus prononcée dans les milieux catholiques (25 pour 1000) que dans les milieux musulmans (42 pour 1000), la baisse de la natalité est un phénomène social et urbain. Pour eux, « les attitudes liées à la procréation semblent beaucoup plus determinées par l’origine de classe que par la religion. Cette dernière jouant comme épiphénomène, les différentes classes sociales n’étant pas représentées dans la même proportion dans les deux communautés ». Néanmoins, si Israël détenait dans les années 50 le taux de fertilité le plus bas de la région, il a été rattrapé et dépassé par de nombreux pays qui possèdent des taux beaucoup plus bas maintenant.

A l’échelle du Maghreb-Machrek, la croissance démographique augmente de manière moins importante depuis quelques décennies : entre 1950 et 2000, la population a été multipliée par 4 alors que selon les projections de 2000-2050, elle ne le serait que par 1,6.

Sources : Population Reference Bureau, 2010

Ce ralentissement peut s’expliquer par les transformations socio-économiques qui bouleversent les habitudes de vie du Maghreb-Machrek. Mais le facteur le plus important de cette baisse est le taux de fécondité qui chute drastiquement pour tous les pays de la région. Le premier pays initiateur a été le Liban suivi de l’Egypte, de la Tunisie et de l’Iran. Le taux de fécondité est passé de 7 enfants en 1960 par femme à 3 enfants en 2006 à l’échelle régionale.

La baisse du taux de fécondité s’explique par l’éducation plus poussée et plus générale des filles ainsi que le recul de l’âge moyen du mariage. Se situant entre 18 et 21 ans dans les années 70, l’âge moyen de mariage de la région est passé à 22-25 ans dans les années 90.

Mais des indicateurs encore préoccupants

Dans le graphique ci-dessous, nous avons observé le ratio de mortalité maternelle et, corrélativement, les naissances pour1000 femmes âgées entre 15 et 19 ans. Les chiffres sont tirés du dernier rapport des Nations Unies d’octobre dernier. Trois groupes se distinguent : - les pays du Golfe (auxquels on peut rajouter Israël et la Jordanie, dans une moindre mesure la Turquie et la Tunisie) avec de bons indicateurs (ratio inférieur à 100 et nombre de naissances entre 15 et 19 ans inférieur à 30), -le Maghreb ( auxquels il faut rajouter l’Iran et le Liban) avec des un ratio de mortalité maternelle compris entre 100 et 250 et un nombre de naissance entre 15 et 19 ans quasi similaire), - les pays en marge : Mauritanie, Afghanistan, Yémen et Irak. Les valeurs ne sont pas représentées à l’échelle sur le graphique : le ratio de mortalité maternelle allant de 300 pour l’Irak à 1800 pour l’Afghanistan, le nombre de naissance entre 15 et 19 ans de 68 pour 1000 au Yémen à 121 pour 1000 en Afghanistan.

Accéder aux chiffres

Dans ce graphique, le Liban apparaît en mauvaise posture avec une mortalité maternelle de 150, proche de celles de l’Algérie (180), l’Iran (140), l’Egypte ou la Syrie (130). Le rapport insiste pour le cas du Liban pour la place encore trop faible faite aux femmes constituant encore seulement que 1/4 de la masse laborale.

Sources

-The World’s Women 2010: Trends and Statistics, Nations Unies, octobre 2010 -Fertility Declining in the Middle East, Population Reference Bureau, 2007. -Etat de la population mondiale, Conflits, crises et renouveau : changement au fil des générations, octobre 2010.
  1. []
  2. La situation démographique du Liban, Publication de l’Université Libanaise, volumes 1 & 2, Beyrouth, 1973 et 1974. []