La e-santé en Arabie Saoudite

Le Troisième Sommet sur les nouvelles technologies de la santé de Healthcare Information and Management Systems Society (HIMSS) au Moyen-Orient a ouvert ce lundi 30 mai 2011 à Riyad. Les pays du Golfe sont branchés santé et sont prêts à relever les défis de la e-santé. Même si les services de soins ont été longtemps réticents aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et que leur personnel a encore besoin d’être formé. Aussi, le programme de ce sommet reste essentiellement tourné sur l’amélioration de la qualité et de la rentabilité économique : des sessions où domine l’économie et où les patients sont largement absents. L’objectif est de renforcer l’informatisation et la connectivité entre les différents hôpitaux; le programme de télémédecine prévoit dans les 9 prochaines années de relier 220 structures hospitalières dans tout le royaume saoudien.

Le marché régional est un marché de biens : la promotion de structures de soins privilégiant une approche centrée autour du patient est absente.

Les médecins devraient considérer leurs patients comme des partenaires et un bon nombre de praticiens n’ont encore qu’une connaissance très lacunaire de cette approche.

Les soins médicaux axés autour du patient privilégient un partenariat entre le patient et l’équipe de soin : toutes les informations sur sa maladie sont données au patient, y compris son historique, l’explication des symptômes, les résultats d’analyse, comment a été réalisé le diagnostic, si le patient partage ou non ce diagnostic ou s’il ne désire pas échanger avec l’équipe soignante les raisons de son désaccord. Tout est partagé avec le patient.

Dr Nabil Kurashi, président régional de Wonca

Les 17-19 décembre prochains, la Wonca1 Eastern Mediterranean Region (EMR) organisera son 1er Congrès Wonca EMR sur la santé pour tous via la médecine de famille, rassemblant des professionnels et des organisations de la médecine familiale de la région du Moyen-Orient. L’essor dramatique des maladies chroniques (comme le diabète ou l’obésité) implique de repenser et améliorer les services et les soins au regard de l’évolution des besoins des patients. Les fournisseurs de soins doivent s’assurer que la satisfaction du patient est au coeur du soin -et non seulement la rentabilité. La santé ne devrait pas faire de profit !

La prochaine étape est de changer les mentalités.

La révolution high-tech au secours du diabète ?

Six pays du MENA (Middle-East & North Africa) sont parmi les 10 premiers pays à enregistrer les plus fortes prévalences de diabète : le Bahreïn, l’Egypte, le Koweït, Oman, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis. Malgré le démarrage de politiques de prévention impulsées par les autorités de santé, la population reste largement mal informée sur le diabète : en 2010, 7,7% de la population adulte du MENA, soit près de 26,6 million de personnes, vivent avec du diabète2, atteignant 51,7 millions de personnes selon les prospections pour 2030. L’urbanisation, ayant modifié les habitudes alimentaires et le quotidien, est un facteur de risque important; l’obésité reste bien entendu un facteur majeur.

Prevalence (%) estimates of diabetes (20-79 years)  (IDF Diabetes Atlas 4th Edition, 2009)    
Prévalence (%) estimée du diabètes (20-79 ans)  (IDF Diabetes Atlas 4th Edition, 2009)

Dans les pays du MENA, le poids financier des coûts liés à la prise en charge du diabète se chiffre à 5,5 milliards de dollars, soit 14% du total des dépenses de santé dans la région.

Selon une étude sur la connaissance du diabète3 : 74 % des gens diabétiquement à risque ne le savaient pas et 40% considérant le diabète comme une maladie bénigne. Selon une étude réalisée par la Haute Autorité de Santé d’Abu Dhabi (Haad), 80% des patients ne suivent pas leur diabète correctement, particulièrement chez les populations jeunes.

Prevalence estimates of diabetes mellitus (DM), 2010 - Middle East and North African Region (IDF DiabetesAtlas, 2010) Prévalence estimée du diabète mellitus (DM), 2010 – Région Moyen-Orient Afrique du Nord (IDF DiabetesAtlas, 2010)

                                                                                               

Au MENA, les femmes ont des prévalences de diabète plus élevées. En Arabie Saoudite, tout type d’exercice physique est prohibé pour les femmes. Une fatwah controversée rappelle que les femmes se doivent de ne pas aller à l’encontre de la volonté divine qui les a créées avec la fonction de rester au foyer et d’éduquer ses enfants.

                                                       

Male/Female distribution (%) of Diabetes Prevalence (IDF, 2010)

Répartition homme/femme (%) de la prévalence du diabète (IDF, 2010)

                                 

Cependant, les technologies digitales sont réellement indispensables pour prévenir la maladie auprès des patients et particulièrement les patients atteints de maladie chronique comme le diabète.  Susannah Fox rappelle qu’ »le fossé d’Internet engendre un fossé informationnel sur la Toile. Par exemple, aux Etats-Unis, les adultes vivant avec une maladie chronique sont moins nombreux que ceux en bonne santé à avoir un accès Internet (62% vs. 81%). »

Les pays du Golfe construisent un partenariat permettant de contrôler efficacement le diabète tant avec le secteur privé et les institutions publiques qu’avec de grands centres commerciaux. A Dubaï, le Mall Medical Centre, lancé l’année dernière au sein-même de la grande surface souvent bondée, est un lieu stratégique pour toucher les populations en privilégiant des campagnes de prévention sur le diabète et l’obésité (notamment en incitant à contrôler sa glycémie). Mais malgré de nombreuses initiatives de communautés de patients en ligne ou de suivi du diabète via son smartphone initiées par les Ministères de la Santé des pays du GCC, les données sur les patients sont lacunaires pour bâtir des projections épidémiologiques fiables.

La technologie est bien présente, mais l’éducation et la prise de conscience du patient restent encore un vaste chantier. La révolution high-tech changera-t-elle rapidement les esprits pour enrayer cette épidémie préoccupante ?

  1. World Organization of National Colleges, Academies and Academic Associations of General Practitioners/Family Physicians []
  2. selon les chiffres de International Diabetes Federation. []
  3. sur 3 000 enquêtés d’Algérie, d’Egypte, d’Iran, d’Irak, de Jordanie, du Liban, du Maroc, d’Arabie Saoudite, de Tunisie et des Emirats Arabes Unis en novembre 2010 réalisée par Novo Nordisk []