Depuis les années 80, le tourisme médical est un secteur particulièrement florissant représentant 60 milliards de dollars, selon une étude de Deloitte, soit 4 % du marché touristique mondial en 2008.
Mais, les récentes émeutes du printemps arabe, qui ont touché également la Jordanie1, ont un impact direct sur ce secteur. Selon le président de l’Association de l’Hospitalisation Privée, Dr Fawzi Hammouri, les patients originaires de Libye, du Yémen, du Soudan, de Bahreïn et de Syrie, formant les flux principaux du tourisme médical jordanien, se tarissent. Le tourisme médical méditerranéen est-il un marché risqué et précaire ?
Qu’est-ce que le tourisme médical ?
Le tourisme médical consiste à se faire soigner à l’étranger pour bénéficier de soins soit à moindre coût2 soit de meilleure qualité. Si ce phénomène est ancien, la facilité de transport et la contraction des distances ont rendu ce marché lucratif dès les années 1980.
Mais, c’est l’essor d’Internet qui a contribué à renforcer des pôles compétitifs en Asie ou au MENA. Selon une étude de la Medical Tourism Association, 49% des patients ont découvert le tourisme médical sur Internet et 73% ont cherché ensuite des informations sur ce thème grâce à Internet.

Comment avez découvert le tourisme médical ?

Comment avez-vous cherché des informations sur le tourisme médical (pays de destination, structures de soins, etc.)?
Néanmoins, si la Jordanie communique pour capter de nouveaux flux, notamment la patientèle américaine (constituant 25% des « touristes médicaux » dans le monde selon l’étude de Deloitte), le marché du tourisme médical jordanien reste traditionnellement un marché régional -l’exposant d’autant plus à l’instabilité politique de la région. De la même manière, en Tunisie, malgré les idées reçues, le marché est également régional comme le montre l’étude réalisée par Marc Lautier et parue dans la revue Social Science & Medicine en juillet 2008, puisque 81% de ses exportations de soins proviennent de la Libye voisine.
La Jordanie, une plateforme régionale
L’été, les saoudiens sont nombreux à venir chercher la fraîcheur de la Jordanie limitrophe. Sur les routes qui relient l’Arabie Saoudite à la Jordanie, les puissants tout-terrains empoussiérés défilent jusqu’à Amman, la capitale jordanienne située sur les contreforts ventilés de la vallée du Jourdain. La réputation de la Jordanie pour les soins médicaux est ancienne. Dès les années 70, de nombreux patients exogènes affluent dans les cliniques privées de la capitale. A Djebel Amman, près du 3ème cercle, un quartier entier est dédié à la médecine. Chaque coin de rue possède son hôpital spécialisé.
Selon la Banque Mondiale, la Jordanie est la première plate-forme régionale et la 5ème destination du tourisme médical mondial. En 2007, près de 250 000 patients, issus de 102 pays étrangers, ont généré près de 1 milliard de dollars3. Le pays dispose d’une infrastructure de qualité dont la réputation n’est pas nouvelle. L’attractivité de la Jordanie repose sur ses structures et la qualité de ses soins : forte de 15 000 médecins, de 2 hôpitaux relevant du Ministère de la Santé et 2 hôpitaux universitaires à Irbid et Amman ainsi que 11 hôpitaux militaires, c’est tout de même le secteur privé, largement présent, qui est le plus attractif puisque le nombre de lits dans les hôpitaux privés est de 43% du total des lits ( 80% au Liban). Recherchant les plus fameuses accréditations internationales (Johns Hopkins, Joint Commission International Accreditation, International Accreditation Service, etc.), les hôpitaux privés développent la qualité pour gagner en compétitivité.
Les perspectives : instabilités et concurrence
Fortement dépendantes des flux des pays limitrophes, les exportations de soins jordaniennes vont souffrir de l’instabilité de la région. Selon l’Association de l’Hospitalisation Privée, citée par l’International Medical Travel Journal, les flux de patients provenant de Libye ont chuté de -90%, de -60% pour la Libye et -50% pour le Yémen ou le Bahreïn.
De plus, le marché jordanien doit affronter une concurrence très rude des pôles émergents de tourisme médical des pays du Golfe. Effectivement, ces pays qui assuraient jusqu’à maintenant le remboursement des frais de soins (déplacements à l’étranger inclus) préfèrent dorénavant investir dans des structures de soins de haute qualité. Plusieurs hôpitaux et cliniques privées ont ouvert leurs portes : à Mascate (Oman), le Starcare Hospital(Starcare Health Systems), à Dubaï, une clinique dédiée à la Sclérose en Plaques rattachée à l’Hôpital Américain, l’extension et la modernisation de l’Hôpital Mubarak de Koweït. L’Arabie Saoudite, de son côté, vient d’annoncer la création de 121 centres hospitaliers et compte renforcer son système de santé en 2011 pour près de 19 milliards de dollars annonce Saudi Gazette. Selon le Khaleej Times, entre 2011 et 2013, les Émirats Arabes Unis prévoient le développement des hôpitaux et des centres de soins grâce à un plan de 280 millions de dollars.
Et la récession prévue pour 2011 dans le monde arabe, épargnant les pays exportateurs de pétrole, risque de renforcer d’autant plus cette compétitivité. De quoi faire peur à la Jordanie.
Pour en savoir plus
- « Tourisme médical », Cahier Espaces n°106, Editions Espaces tourisme & loisirs, Septembre 2010
- « Mapping the market for medical travel », McKinsey, Mai 2008
- Rapport annuel de la Medical Tourism Association, Janvier 2010
- « Medical Tourism, Consumers in Search of Value », Deloitte, 2008
- « Tourisme médical, nouvel eldorado des pays émergents ? », Antoine Flahaut, septembre 2008.
- En particulier avec la grève des médecins du secteur public [↩]
- Voir le comparatif de coûts des soins réalisé par la Medical Tourism Association. [↩]
- selon l’Association de l’Hospitalisation Privée Jordanienne [↩]


1 comment
Talal says:
juil 5, 2011
Bonjour,
D’accord avec vous.
Mais, les pays du Golfe ont des stratégies risquées. Malgré les bilans encourageants, les investissements restent sans réel management de la crise :
http://www.dubaichronicle.com/2011/07/05/middle-east-companies-lack-crisis-management-schemes/