Les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ont signé un accord économique en 1981 afin de diversifier les investissements des monarchies pétrolifères. Néanmoins, si pendant les 25 dernières années, ils ont largement investi et rénové les structures de soins, ils doivent actuellement faire face à une augmentation dramatique des maladies chroniques et à un essor sans précédent de sa population.1 Les pays du CCG doivent relever des défis majeurs en matière de santé.
Qu’est-ce que le Conseil de Coopération du Golfe ?
Les 6 pays réunis au sein du CCG (dont le plus puissant est l’Arabie Saoudite et rassemblant également les Emirats Arabes Unis, le Koweït, le Qatar, le Bahreïn et Oman) sont les économies les plus dopées de la planète grâce à la manne pétrolière. Initialement, cet accord économique permettant également une sécurité commune a été conclu pour contrer l’influence de la Révolution Islamique en Iran et la guerre Iran-Irak.
Les chefs d’Etat au sein du Conseil Suprême se réunissent deux fois par an pour définir la stratégie et la politique à mettre en place. Les Ministres des Affaires Etrangères au sein du Conseil des Ministres, quant à eux, se réunissent tous les deux mois pour lancer les projets communs. Ensuite, le Secrétariat Général, seul organe permanent basé à Riyad, s’occupe d’exécuter et surveiller l’application des projets.
Le Comité « Santé » du CCG avait activement mis en place une politique de prévention commune en 2007 durant les pics de la grippe aviaire. Chaque année, durant le pèlerinage, les autorités adoptent une surveillance stricte des pèlerins afin de prévenir tout risque d’infection virale.
Le Conseil de Coopération du Golfe a accepté la demande d’adhésion de la Jordanie et du Maroc
Les récentes émeutes en Afrique du Nord ont balayé les alliés traditionnels pro-Occidentaux, Ben Ali et Moubarak. Les monarchies pétrolifères du CCG ne peuvent plus compter sur eux et « les leaders arabes [du CCG] pensent que se réorganiser leur permettra de se protéger politiquement et militairement, au lieu de compter sur l’Ouest, et particulièrement les Etats-Unis » affirme Samer Tawil, ministre jordanien à l’AFP. C’est en partie pour cela que le CCG a accepté les demandes de la Jordanie et du Maroc pour rejoindre le « club des monarques ».
De plus, les monarchies du Golfe craignent la menace iranienne sur la région : les alliés jordanien et marocain sont des atouts pour gagner en influence politique et militaire.
Le Maroc et la Jordanie avaient déjà signé des accords bilatéraux en 2008 afin de promouvoir et développer les investissements.
Source: Al Jazeera
La santé dans le Golfe : un marché prometteur
Selon une étude de McKinsey, les dépenses de santé vont passer de 12 milliards de dollars aujourd’hui à près de 60 milliards d’ici à 2025. Si les pays du CCG ont massivement investi dans les structures de soins ces dernières années, ils importent tout leur matériel et équipement médicaux et restent grandement dépendant des professionnels de santé étrangers. Les pays du CCG seront confrontés à des défis majeurs dans les dix prochaines années en matière de santé. Les agences gouvernementales manquent cruellement de compétences managériales nécessaires pour s’occuper des structures de soins et ils font appel à des compagnies extérieures pour accréditer et labelliser la qualité de leurs installations.
Les hôpitaux et les cliniques publics ne sont pas préparés du tout à l’essor d’une population de plus en plus âgée, ni à prendre en compte correctement l’augmentation des maladies chroniques comme le diabète, dont la prévalence a augmenté autant que les pays se sont développés. Afin d’augmenter les services et les normes de qualité, plusieurs pays du CCG ont fait appel à des institutions internationales de renom afin de mettre en place des structures de haute qualité. De plus en plus d’investisseurs privés sont nécessaires afin de prendre en compte toutes les demandes grandissantes.
Le privé comme le public doivent faire face à une pénurie de professionnels médicaux car l’arrivée des nouveaux diplômés nationaux ne suffit pas à satisfaire la demande de la population grandissante. La Jordanie et le Maroc pourraient fournir un personnel médical hautement qualifié (mais en grève).
De nouveaux facteurs de risques émergents
La prévalence du DT2 et de l’obésité est très élevée dans ces pays : selon certaines sources, la prévalence de l’obésité atteint 40%, la plus forte enregistrée dans le monde. L’obésité est facteur de risques important de co-morbidité et de mortalité (maladies cardiovasculaires, diabète, cancer ou autres maladies chroniques).
Les pays du CCG prennent en charge 75 à 100% des dépenses de soins. Mais ils devront rapidement faire appel au secteur privé pour continuer à financer ces remboursements. L’assurance privée est un marché stratégique pour assurer les faiblesses du système public ne pouvant assumer les charges financières liées aux maladies chroniques d’une population âgée. Le remboursement des soins pour tous (y compris des travailleurs étrangers) est un enjeu majeur pour la qualité des soins.
Mais Jordanie, Maroc et CCG ont des systèmes de santé radicalement différents. Espérons qu’ils sauront ensemble trouver des politiques de santé publique sociales et justes dans l’accès aux soins primaires et aux soins spécifiques pour tous.
- En 2025, le taux annuel de croissance atteindra les 3%. [↩]
