L’OMS prévoit pour 2015 près de 700 millions de personnes obèses. Actuellement, 400 millions de personnes ont un indice de masse corporelle1 supérieur à 30 kg/mètre carré, selon les critères de l’OMS. Nous avions déjà rapidement évoqué ce problème dans un article récemment par le biais des requêtes Google. L’obésité n’est pas seulement un phénomène qui touche les adultes : en 2005, 20 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le monde étaient en surpoids. L’obésité est phénomène récent, complexe et éminemment préoccupant.
| Pour aller plus loin :L'interview de Jean-Michel Borys, médecin endocrinologue |
Notre précédente note mentionnait l’importance de cette épidémie dans le monde arabe, et particulièrement dans les pays du Golfe -y compris l’Arabie Saoudite, ainsi que comportements surprenants des internautes de langue arabe autour de cette thématique. Pour autant, l’information ne manque sur le Net et les sites de santé (privés comme à Dubaï) se développent. L’obésité est souvent appréhendée comme un mal corrélé aux sociétés en développement : modifications des habitudes alimentaires (enrichissement calorifiques des régimes) et des habitudes de vie plus citadines.
| Pays | Pourcentage de population obèse | Pays | Pourcentage de population diabétique |
|---|---|---|---|
| Nauru | 78,50% | Nauru | 30,70% |
| Tonga | 56,00% | Emirats Arabes Unis | 19,50% |
| Arabie Saoudite | 35,60% | Arabie Saoudite | 16,70% |
| Emirats Arabes Unis | 33,70% | Bahrein | 15,20% |
| Etats-Unis | 32,20% | Koweit | 14,40% |
| Bahrein | 28,90% | Oman | 13,10% |
| Koweit | 28,80% | Tonga | 12,90% |
| Seychelles | 25,10% | Ile Maurice | 11,10% |
| Royaume-Uni | 24,20% | Egypte | 11,00% |
Classement des pays ayant les plus forts pourcentages d’obésité et de diabète (Source : Government Office for Science)
L’obésité est un facteur important de risques de co-moribidités notamment cardio-vasculaires (cf. illustration infra) : il constitue un phénomène de société et un enjeu de majeur de santé publique pour les pays du Maghreb-Machrek.
Eric A. Finkelstein en juillet 2009 avait mené et rendu publique une étude du Health Affairs concernant d’une part la corrélation entre l’augmentation de l’obésité aux Etats-Unis et celle des dépenses de santé (MediCare, MedicAid et assureurs privés) et d’autre part les coûts indirects impressionnants liés à l’obésité -près de 140 milliards de dollars par an aux Etats-Unis.

L'obésité facteur de co-morbidités (Source : http://www.dwp.gov.uk)
Au Moyen-Orient, les chiffres sont alarmants et les pouvoirs publics (ainsi que les investisseurs privés) encouragent des solutions pour inverser la tendance. Mais, la résorption de ce phénomène sociétal soulève des interrogations dans de nombreux domaines.
L’obésité touche particulièrement les femmes du Golfe (y compris l’Arabie Saoudite) : près de 70% d’entre elles sont obèses (contre 50% pour les hommes). L’Arabie Saoudite a lancé l’année dernière, en avril/mai 2009, un débat portant sur la possibilité d’exercer d’une activité sportive des femmes en Arabie Saoudite. Une fatwah controversée rappelle que les femmes se doivent de ne pas aller à l’encontre de la volonté divine qui les a créées avec la fonction de rester au foyer et d’éduquer ses enfants2.
La sensibilisation des populations à ce phénomène est un enjeu majeur pour enrayer cette épidémie. A cet effet, le Ministère de la Santé des Emirats Arabes Unis a lancé ce mois-ci un programme contre l’obésité chez les adolescents en les impliquant dans des programmes d’informations diététiques, de pratiques physiques et sportives.
Le problème de la nutrition, c’est l’obésité… et certaines carences nutritives notoires
Il ne faut pas oublier, comme le rappellent les experts du GAIN (Globale Alliance for Improve Nutrition) qui se sont réunis à Dubaï en mai dernier, que le problème de la nutrition dans le Golfe est à la fois corrélé à celui de l’obésité, bien sûr, mais également à celui de certaines carences nutritives.
Effectivement, un rapport gouvernemental révèle que 35% des nourrissons (de 6 à 22 mois) souffrent d’anémies, alors que 41% des femmes des Emirats Arabes Unis ont une déficience d’acide folique et 35% sont obèses.

Contre l’obésité, mais également pour se conformer au canon de beauté filiforme des stars ou chanteuses, de nombreuses femmes de tous âges ont recours à des pilules amaigrissantes (« slimming medications »), le plus souvent des réducteurs/suppresseurs d’appétit, des brûleurs de graisses ou des inhibiteurs de l’absorption de graisses. Malgré les effets indésirables parfois désastreux de ces compléments (anémie, diarrhée, inflammation du colon, palpitations, troubles nerveux, dépression, stérilité, etc.), l’absence total de régulation et de contrôle permet de les acheter partout (coiffeur, mall, etc.). Le Jerusalem Post dans son édition du 6 juillet 2010 rapporte d’une part cette absence de régulation dans la vente de ces produits qui n’ont parfois aucun agrément pharmaceutique et d’autre part l’utilisation en auto-médication sans aucun suivi par un professionnel.
La très intéressante analyse de benchmarking d’Antoine Flahaut, directeur de l’EHESP, sur son blog, mérite une attention particulière : il s’interroge sur le paradoxe français (une alimentation riche et grasse / de bons indicateurs d’obésité3 et d’infarctus du myocarde). Selon lui, ainsi que les experts du Centre d’Analyses Stratégiques4, ce sont les habitudes et les comportements alimentaires réguliers qui sont les principaux facteurs explicatifs. Il rejoint ainsi les résultats de l’étude parue en mars 2010 dans la revue Pediatrics observant sur près de 8550 enfants de 4 ans aux Etats-Unis l’association entre leur obésité et trois habitus de vie : repas régulier plus de 5 fois par semaine, durée de sommeil suffisante et limitation de la durée de télévision ou d’écran vidéo en semaine. La prévalence de l’obésité s’est révélée plus faible de 40% chez les enfants suivant ces habitus indépendamment de leur régime alimentaire.
La prévention et l’information sont les maillons essentiels pour enrayer cette épidémie; le partenariat entre tous les acteurs (tant institutionnels que privés) est également un préalable nécessaire pour mettre en place des politiques de santé publique efficaces sur le long terme contre l’obésité. Néanmoins, les pistes sont longues et souvent indirectes pour modifier les habitudes et les mentalités des sociétés développées face à la fatalité de l’obésité.
- « Body Mass Index » en anglais [↩]
- Le Mufti Abd Al-’Aziz bin Abdallah Aal a Al-Sheikh refuse l’accès aux activités sportives des femmes prétextant : « A woman is expected to be a homemaker and a caregiver for her children; it is she who builds the family and shares [responsibility] for its management. If she leaves [her home] for the sake of such things [i.e. sports], she will forget herself… she will neglect her husband and children, and waste her time on games and amusement, unaware of what is happening to her and to her children. [And] what will become of [her] home? » [↩]
- 10,5% de personnes obèses selon le rapport de 2009 de l’OCDE. [↩]
- lettre n°166, mars 2010 [↩]

