Les récentes manifestations et émeutes pour réclamer du changement dans le monde arabe font planer l’incertitude sur les perspectives économiques et sur l’impact médico-social.
Cinq pays vont subir une récession en 2011 : le Yémen, la Syrie, l’Egypte, la Tunisie et la Libye.
L’Institut de la Finance Internationale (IIF), rassemblant des dirigeants des institutions financières de plus de 70 pays dans le monde depuis 1983, a fait un point au début du mois sur la situation économique à venir des pays du MENA en proie à de profondes mutations depuis les révolutions arabes de janvier. Dans son exposé, il souligne que les pays non exportateurs de pétrole subiront une récession en 2011. Le Yémen serait le pays le plus touché avec une contraction de son PIB de 4%. La Syrie également subirait une contraction de 3%, ainsi que l’Egypte de 2,5% et la Tunisie de 1,5%.

Au contraire, les pays exportateurs de pétrole renforceraient leur position de force sur le marché régional et mondial, la balance des excédents passant de 129 à 292 millions de dollars en 2011 et leurs actifs extérieurs devraient atteindre 1,7 milliards de dollars d’ici la fin de l’année. Cette analyse rejoint l’explication vidéo de The Economist (voir ci-dessous) sur les facteurs économiques et socio-démographiques pouvant expliquer les manifestations ayant embrasé le monde arabe.
Comparaisons de différents indicateurs de crise dans le monde arabe (The Economist, 2011)
Pour une croissance solidaire, une santé pour tous
C’est également l’avis du Fonds Monétaire International (FMI) qui publie aussi en avril un rapport sur l’économie régionale du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale dans lequel les analystes détaillent les perspectives économiques régionales (voir aussi la présentation illustrée). Moins alarmistes que celles de l’IIF, elles parviennent néanmoins aux mêmes conclusions : entre pays exportateurs et pays importateurs, l’économie sera à deux vitesses. Mais les défis à relever sont également d’ordre social : une protection sociale étendue à tous permettra une « croissance solidaire ». C’est d’ailleurs dans ce sens qu’a été faite l’annonce télévisée du Ministre de la Santé jordanien, Yassin Husban, d’étendre l’assurance maladie au 13% de la population non couverte.
Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail, le taux de chômage chez les 15-24 ans au Moyen-Orient est de 25%. En Égypte et en Jordanie, les jeunes femmes doivent faire face à un chômage de l’ordre de 40 %. Robert B. Zoellick de la Banque Mondiale, intervenu le 6 avril dernier, tient le même discours : il s’agit d’instaurer un « nouveau contrat social » grâce à une réforme institutionnelle et citoyenne, à la création d’emplois à destination des jeunes (sur les bases des programmes lancés en Jordanie, en Tunisie ou au Liban), reprenant les idées développées par Marcus Noland et Howard Pack.

La crainte d’une santé à deux vitesses
Néanmoins, les périodes de récession économique ont souvent écarté les populations du système de santé. Et si aucune politique pertinente de « prospérité partagée » n’est mise en place rapidement, la grogne risque d’enfler davantage. Nos revues de presse hebdomadaires mettent en lumière la vigueur du secteur privé dans les investissements de santé au Moyen-Orient et pays du Golfe : face au délabrement d’un système institutionnel, le privé est un gage de qualité. Nous avions analysé l’exemple de l’Egypte qui malgré une profonde réforme du système d’assurance maladie, souffrait d’une corruption paralysante.
Le secteur assurantiel est d’ailleurs largement présent pour prendre en compte les insuffisances et les carences du public. D’autant plus lorsque la volonté des Etats est d’étendre à tous prix la couverture à tous, gage médiatique de prise en compte sociale. Cette politique conduit à la détérioration de la qualité du soin, abandonnant la prestation des soins ou la prise en compte financière de soins spécifiques à des fournisseurs privés.
