Le 1er décembre s’inaugure la Journée mondiale du Sida. Ce fléau touche encore 41 millions de personnes sur la planète, soit 2,6 millions de plus qu’en 2009. Même si cette augmentation représente 20% de moins que dans les années 90 et que les infections sont globalement en baisse, les populations à risques restent les plus touchées. Mais les pays du Maghreb-Machrek, dont les chiffres restent globalement en-dessous de ceux en Occident, sont silencieux sur cette pandémie. Intox ou info ?

Comme le rappelle le New York Times, la prévention passe par un changement radical de comportements, particulièrement intensifiée pour certaines populations comme les prostitué(e)s (sex workers), les gays (Men who have Sex with Men) ou les consommateurs de drogue.

Les pays du MOAN, absents des statistiques ?

Lorsque l’on consulte les données sur le Moyen-Orient ou l’Afrique du Nord, le lecteur est surpris par la faiblesse des données officielles.

Le Sida, pendant longtemps et encore aujourd’hui, est resté un grand tabou de la société perçu comme un châtiment venu de Dieu pour punir ceux qui n’ont pas respecté les règles éthiques religieuses. Trois causes majeures expliquent ce fait : la consommation de drogue, l’homosexualité et la fornication, vecteurs importants de la pandémie et toutes trois interdites par les règles religieuses. Epargnés par le virus, les pays de la région ignorent ces problématiques de santé publique et les malades restent marginalisés.

Une étude en 2009, menée par le Dr Adrian Smith sur la propagation du virus au sein de populations homosexuelles sub-sahariennes avait révélé qu’elles étaient soit ignorées, soit marginalisées par les études ou les actions sanitaires menées. Les séropositifs souffrent de ce déni, particulièrement lorsque les populations homosexuelles sont déjà stigmatisées dans le pays. La maladie reste cachée et l’un des principaux défis dans la région reste la stigmatisation liée au Sida et la discrimination envers les personnes vivant avec le virus.

Pour un pays islamique, publier des données sur le Sida revient à avouer que sa société ne respecte pas ses impératifs religieux.

Le rôle protecteur des normes culturelles conservatrices

En juillet dernier, le Dr Laith Jamal Abu Raddad1 a recensé l’ensemble des données épidémiologiques disponibles dans les 23 pays de la région. Sa conclusion est surprenante : les données sur le Sida sont extrêmement abondantes (plus de 5000 sources analysées) et le fléau reste très limité à des populations à risques (pas de contagion de la population générale) : les consommateurs de drogues injectables (en Iran et en Afghanistan), les MSM (en Tunisie ou en Egypte où la prévalence est plus importante que parmi les prostitué(e)s).

Pour le chercheur, « bien qu’ils ne fournissent pas une protection complète contre la propagation du VIH, (…) les normes conservatrices encadrant les activités intimes semblent avoir joué jusqu’ici un rôle dans le ralentissement et la limitation de la transmission du VIH dans la région MENA par rapport à d’autres régions. (…)  Les efforts de prévention du VIH dans cette région, qui continuent d’être entravés par la stigmatisation associée au VIH / SIDA et les comportements à risque associés, doivent être activement développés (…). Il y a encore une chance pour contrôler la transmission du VIH parmi les groupes à risque dans la région MENA, qui, si elle est ratée, peut entraîner une charge sanitaire et socio-économiques que la région n’est pas , dans son ensemble, préparée à assumer. »

Si la société est marquée par un tabou important sur le Sida et les comportements qui y sont associés, la religion peut jouer un rôle positif dans la prévention et la limitation de la maladie. Néanmoins, les populations à risques restent, séropositives ou non, largement marginalisées. Comme le rappelait le dernier rapport de l’UNAIDS, dans l’ensemble du Maghreb-Machrek, la prostitution est largement illégale, et seuls l’Irak, la Jordanie et l’Egypte ne condamnent pas les relations homosexuelles.

 

  1. « Epidemiology of HIV infection in the Middle East and North Africa », AIDS, July 2010 – Volume 24 – Issue – p S5–S23 []