Après notre article sur les maisons de santé pluriprofessionnelles au Moyen-Orient, nous ne pouvions pas passer sous silence le succès des maisons de santé de soins primaires en Iran -quitte à déborder quelque peu de notre aire géographique d’étude. Déjà encensé par un papier de l’OMS (datant d’août 2008), l’exemple iranien pourrait bien bénéficier au développement des soins primaires… du Mississippi comme l’a rappelé avec ironie en février dernier le Courrier International.

En Iran, où 90% de la population est rurale (soit plus de 20 millions d’habitants), le défi majeur des plans de santé publique est de décliner l’offre de soins à l’échelon le plus local. Durant la guerre Iran/Irak (1980/1988), un maillage du territoire est progressivement mis en place pour couvrir tous les districts iraniens : 17 000 maisons de santé, couvrant chacune environ 1500 patients, ont réussi à tisser un réseau de soins primaires très performant pour résorber les fléaux et les contagions mais également pour réduire la mortalité infantile et améliorer l’espérance de vie à la naissance.

Évolution de la mortalité infantile des années 60 à nos jours en Iran
(source : OMS, 2010)

[popup url="http://vincentfromentin.fr/blog/wp-content/uploads/2010/09/mortalite_infantile_iran_proj.png"][Agrandir le graphique en taille réelle][/popup]

[popup url="http://vincentfromentin.fr/blog/wp-content/uploads/2010/09/mortalite_infantile_iran_proj.xls"][Téléchargez le fichier source (*.xls)][/popup]

L’espérance de vie à la naissance a augmenté de 46% en moins de 50 ans1. Près de 30 000 agents de santé communautaires (« community health workers » ), dont plus de la moitié sont des femmes, ont été formés par deux années de spécialisation et exercent généralement dans leur lieu de vie. Cette organisation locale permet de déceler les problèmes de santé de la population et d’en référer au médecin le plus compétent. Cette médecine de famille  locale, permet d’appréhender toutes les particularités socio-culturelles de la République d’Iran. Ces agents, formés pour répondre aux besoins en soins primaires des populations rurales, possèdent une excellente connaissance du patient, de son histoire familiale et de son entourage. C’est un atout qui a servi pour les maladies contagieuses et qui, actuellement, bénéficie pour la prévention des maladies chroniques comme le diabète2 ou les maladies cardiaques.

Un agent de santé communautaire (« behvarz ») 3 avec une patiente
(crédits photo : OMS, 2010)

La guerre avec l’Irak a contribué a développer rapidement des fonds d’aides pour les militaires, les vétérans et leur famille. De plus, la Révolution islamique a œuvré pour apporter son soutien aux plus pauvres. De fait, 85% de la population bénéficie d’une couverture sociale soit par un fond rattaché au Ministère du Bien-être et de la Santé publique, soit grâce à une des nombreuses associations religieuses étatiques pour ceux qui ne bénéficient d’aucune couverture4.

Néanmoins, une lacune reste à combler dans ce système d’aide sociale et d’offre développée de soins primaires : les services d’hospitalisation et d’aide à domicile. En raison de l’évolution des modes de vie, le modèle familial où le foyer vivait avec les personnes âgées tend à disparaître : de plus en plus de personnes âgées vivent seules, parfois sans retraite et, pour 60% d’entre eux, sans couverture sociale. L’amélioration de la qualité des soins et de l’espérance de vie implique donc la mise en place de structures privées ou publiques d’hospitalisation à domicile pour les personnes âgées -d’autant qu’elles constitueront de 20 à 25 % de la population en 2030.

Liens
Family Medicine in Iran: The Birth of a New Specialty, 2005 Iranian health houses open the door to primary care, Bulletin de l’Organisation Mondiale de la Santé, n°86-8, Août 2008
  1. Selon les projections statistiques de l’Université de Sherbrooke []
  2. cf. notre article sur le diabète et Internet. []
  3. « behvarz » a été formé à partir de 2 mots du farsi : « beh » qui signifie « bon » et « varz », « compétent » []
  4. La plus fameuse et la plus importante  est le Comité d’aide Imam Khomeiny fondé en 1979 pour la protection et l’insertion sociale des plus pauvres (orphelins, handicapés ou personnes âgées des tribus nomades ou vivant en zone rurale). []