Analyse sur les adolescents libanais

L’obésité est un fléau particulièrement préoccupant dans le monde arabe. Et la prévention de l’obésité et du surpoids auprès des enfants et des adolescents est particulièrement cruciale puisque 70 à 80% des adolescents obèses le resteront à l’âge adulte1. Avec des taux comparables à ceux des États-Unis, le niveau socio-économique du Liban influe sur les habitudes de vie. Délaissant le régime méditerranéen, les adolescents, plus aisés, ont plus fréquemment recours aux fast-foods et à une baisse d’activités physiques (ordinateur, télévision, console, etc.). Selon Jean-Michel Borys, interviewé récemment, les enfants sont victimes d’un matraquage marketing pour les inciter à consommer, plus et mal, en favorisant un « environnement obésogène ».

Quelques chiffres sur l’obésité infantile

Les données sont assez lacunaires concernant l’obésité infantile dans le monde arabe. De plus, différentes indices de mesure sont pris en compte ne permettant pas de comparer les pays. Néanmoins, en septembre dernier, une étude2 a recensé la littérature scientifique publiée entre 1990 et 2007 sur le sujet. Les plus fortes prévalences d’obésité infantiles sont enregistrées à Bahreïn et au Koweït (plus de 30% selon certaines sources). De surcroît, malgré l’utilisation de normes de références différentes, depuis quelques décennies, l’obésité infantile augmente dangereusement dans tous les pays du MENA.

Au Liban, selon une étude3 sur 2104 enfants et adolescents de 3 à 19 ans, 22,5% des garçons sont en surpoids, 16,5% pour les filles, et respectivement, 7,5% et 3,2% sont obèses. Le Liban est représentatif des pays émergents du MENA : au Qatar, une étude4, révèle également des taux comparables (sur une population de 12 à 17 ans) : 28,6% des garçons sont en surpoids, 18,9% pour les filles, et respectivement 7,9% et 4,7% sont obèses.

Reported prevalence of overweight and obesity among children in different Middle East countries and standards used to define cut-offs

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Reported prevalence of overweight and obesity among children in different Middle East countries and standards used to define cut-offs5

La prévention, clé de la lutte contre l’obésité

Michelle Obama s’était engagée sur Newsweek pour lutter contre l’obésité infantile. Le New York Times rapporte même que Beyoncé a lancé un clip (très américain…) pour la soutenir intitulé « Move your Body! » (on la voit croquer une pomme à la fin du clip). Il n’y a pas de traitement viable contre l’obésité et le surpoids infantiles; « la meilleure option pour l’instant pour limiter ce problème reste la prévention »6. Pour impulser un nouveau mode de vie, les politiques publiques doivent s’élaborer à tous les niveaux et les media sont une clé essentielle.

La première fois qu’un lien a été établi entre télévision et prise de poids est en 1985 dans la revue Pediatrics par Dietz et Gortmaker : sur des 12-17 ans, la prévalence de l’obésité augmente de 2% par heure de télévision regardée. Et les enfants aux Etats-Unis passent en moyenne 5h30 quotidiennement devant les media (TV, vidéo, jeux vidéos ou ordinateurs) et regardent 40 000 publicités par an à la télévision7. Les enfants sont donc des cibles privilégiés du matraquage marketing.

Le temps passé devant les media a deux conséquences immédiates : les enfants sont des cibles marketing et ils ne font plus d’activités physiques.

Dans le monde arabe, les représentations médiatiques, occidentales, s’opposent aux modèles traditionnels. Alors que la rondeur féminine est un symbole classique de fertilité convoité, les nouvelles icônes  médiatiques véhiculent une image filiforme de la femme. Selon Chakar et Salameh8« la prévalence de l’obésité est au moins trois fois supérieure chez les garçons que chez les filles. Il est possible que les filles libanaises soient plus tôt soucieuses de leur image que les garçons en fonction des représentations occidentales. Effectivement, il est avéré que les filles dès l’âge de 5 ans prennent soin de leur image et l’associent directement à leur poids. »

Mais, comme nous l’avions déjà relevé, un marché florissant envahit le monde arabe : les pilules amaigrissantes.

Le remède contre l’obésité n’existe pas

De nombreuses femmes, pour se conformer aux nouveaux canons médiatiques de beauté, ont recours à des pilules amaigrissantes (réducteurs/suppresseurs d’appétit, brûleurs de graisses ou inhibiteurs de l’absorption de graisses), malgré les effets indésirables parfois désastreux de ces compléments (anémie, diarrhée, inflammation du colon, palpitations, troubles nerveux, dépression, stérilité, etc.). L’absence de régulation dans la vente de ces produits (parfois sans aucun agrément pharmaceutique) et l’utilisation en auto-médication sans information ou avis médical peut conduire au désastre. Un homme est mort à Jérusalem mercredi dernier suite à la prise de pilules amaigrissantes venant probablement du Liban ou de Jordanie.

L’évolution rapide du contexte socio-économique des pays du MENA a contribué à créer un environnement « obésogène« . La sédentarisation a installé des modes de vie limitant les activités physiques et de mauvaises habitudes alimentaires (surconsommation et junk food) : les premières victimes en sont les enfants. Les données récentes sur l’obésité infantile au Liban révèlent ce paradigme dangereux.  Lundi prochain, le 9 mai, le Samaritan Lebanon Community Hospital accueillera son 3ème Sommet Annuel sur l’obésité infantile. Seule une prise en compte préventive permettra de limiter les effets de l’obésité : sensibilisation diététique, activité physique. L’action de santé publique doit se penser à tous les niveaux, y compris jusqu’à la sphère intime : la représentation traditionnelle de la femme s’oppose aux nouveaux canons médiatiques. Les politiques mises en place doivent bousculer les mentalités actuelles.

Et les trépignements agités d’une Beyoncé resteront sans effets dans le monde arabe traditionnel quand on sait qu’en Arabie Saoudite les femmes n’ont toujours pas le droit d’exercer une activité physique !

   

Sources
    • Hafez Elzein, Sima Hamadeh, « Prevalence and Etiology: Middle East and North Africa (MENA) Countries », in Epidemiology of obesity in children and adolescents, Springer Series on Epidemiology and Public Health, 2011, Volume 2, Part 1, 127-152
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    • P. Mirmiran, R. Sherafat-Kazemzadeh, S. Jalali-Farahani, F. Azizi, « Childhood obesity in the Middle East: a review « , Eastern Mediterranean Health Journal, Volume 16, n°9, September 2010.
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  • Abla Mehio Sibai, Nahla Hwalla, Nada Adra, Boushra Rahal, « Prevalence and Covariates of Obesity in Lebanon: Findings from the First Epidemiological Study », Obesity Research, Vol. 11 No. 11, November 2003

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  • Elamin, A., « Childhood Obesity, Epidemiological and Clinical aspects », Journal of Pediatric Sciences. 2010.

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    • Hilda Chakar, Pascale R Salameh, « Adolescent obesity in Lebanese private schools », European Journal of Public Health, Vol. 16, No. 6, pp.648–651, December 2006.
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  • Bener, Abdulbari,« Prevalence of obesity, overweight, and underweight in Qatari adolescents », Food & Nutrition Bulletin, Volume 27, Number 1, March 2006 , pp. 39-45.

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  • « The Role of Media in Childhood Obesity », Henry J. Kaiser Family Foundation, February 2004

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  • E. Ben-Sefer, M. Ben-Natan, M. Ehrenfeld, « Childhood obesity: current literature, policy and implications for practice », International Nursig Review, 2009.

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  1. Whitaker RC, Wright JA, Pepe MS. et al.« Predicting obesity in young adulthood from childhood and parental obesity ». The New Journal of England Medicine, 1997.  cité par Chakar & Salameh []
  2. P. Mirmiran, R. Sherafat-Kazemzadeh, S. Jalali-Farahani, F. Azizi, « Childhood obesity in the Middle East: a review « , Eastern Mediterranean Health Journal, Volume 16, n°9, September 2010. []
  3. Abla Mehio Sibai, Nahla Hwalla, Nada Adra, Boushra Rahal, « Prevalence and Covariates of Obesity in Lebanon: Findings from the First Epidemiological Study », Obesity Research, Vol. 11 No. 11, November 2003, voir les sources. []
  4. Bener, Abdulbari,« Prevalence of obesity, overweight, and underweight in Qatari adolescents », Food & Nutrition Bulletin, Volume 27, Number 1, March 2006 , pp. 39-45, voir les sources. []
  5. P. Mirmiran, R. Sherafat-Kazemzadeh, S. Jalali-Farahani, F. Azizi, « Childhood obesity in the Middle East: a review « , Eastern Mediterranean Health Journal, Volume 16, n°9, September 2010. []
  6. E. Ben-Sefer, M. Ben-Natan, M. Ehrenfeld, « Childhood obesity: current literature, policy and implications for practice », International Nursig Review, 2009, p.169 []
  7. The Role of Media in Childhood Obesity, Henry J. Kaiser Family Foundation, February 2004, voir sources []
  8. Hilda Chakar, Pascale R Salameh, op. cit., p.650 []